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Tout d’abord je remercie Marc LECARPENTIER, le président du Festival de m’avoir proposé de venir ici à la Charité sur Loire. Merci de me faire cet honneur et ainsi d’honorer mon milieu et toutes les familles qui se battent aujourd’hui avec les mots mais aussi avec la force de leur intelligence, la solidarité et l’espoir que les politiques s’attaquent à la violence de la misère ici en France mais aussi dans le monde.
Merci de votre accueil monsieur le maire et monsieur le député et merci aussi à tous ceux, bénévoles de la région qui ont travaillé pour que ces journées soient pour tous riches et joyeuses.
J’ai accepté cette invitation car de fait, le mot, les mots, le poids des mots ont été et restent important dans ma vie.
Il y’a des mots qui t’honorent, te grandissent, t’élèvent et d’autres qui te réduisent, t’anéantissent, te détruisent et c’est avec ces derniers que je me suis forgée.
Je suis née en milieu de pauvreté, j’ai grandi de bidonvilles en cité dortoirs et c’est à l’école que je me suis rendu compte que nous n’étions pas tous les mêmes et que l’on pouvait n’être considéré qu’à partir de sa position sociale. La mienne portait l’étiquette pauvre, je dirais même « mauvais pauvre ».
De ce fait, avec ma famille, avec les familles avec qui nous partagions le quotidien dans ma cité d’urgence, j’ai vécu la relégation, l’humiliation, les séparations, les expulsions, la mise à l’écart, l’isolement, le jugement, le rejet, la honte, la peur, le mépris.
Tous ces mots, chacun de ces mots ont eu des effets sur ma vie, mon histoire. C’est avec chacun de ces mots que j’ai tentée de grandir. Une chose était devenue certaine : Je n’étais pas comme les autres. Ma famille, les familles du quartier, nous n’étions pas traités, considérées comme les autres.
J’avais une totale conscience de cela mais je me sentais impuissante.
Certains parmi nous ont essayé de milles et une façon de casser tous ces préjugés, souvent de manières maladroites, parfois inappropriées, Tous ceux à qui j’en voulais de m’avoir ainsi maltraité avec des mots qui me cassaient ont fini par avoir raison de moi, je me suis pliée aux jugements des autres, j’ai fini par intérioriser ces mots, par croire que ma vie ne valait pas grand-chose, que je ne valais pas grand-chose, que j’étais une idiote, une « pas comme les autres » une « asociale », une inutile, un cas soce, une incapable, une ratée, une pauvre et, Rien qu’une pauvre quoi !
Je me suis résignée me disant que j’étais née du mauvais côté de la barrière, je n’avais pas les codes de l’autre monde.
Je n’avais pas les mots pour dire l’injustice, les mots pour me défendre. Au plus profond de moi, malgré tout, j’ai pu préserver une révolte encore sourde mais je la sentais présente au creux de moi.
C’est à cette période, j’avais 18 ans, que j’ai rencontré MVT ATD Quart Monde, un MVT de lutte contre la misère, fondé par Joseph Wresinski au cœur du bidonville de Noisy le Grand en 1957. Cet homme avait lui-même vécu la grande pauvreté. Par expérience, il savait ce que les familles vivaient. Alors avec les plus pauvres d’entres elles, en partant toujours de ceux qui étaient le plus maltraités par la vie, il a fondé le MVT et il a commencé à se faire connaitre.
Suite à un de ses appels, des jeunes venus de partout, se sont engagés à ses côtés et ont fait le choix de partager la vie, le quotidien des familles les plus pauvres. D’abord dans de nombreuses villes en France et puis plus tard le MVT est devenu mondial. C’est ainsi que j’ai rencontré le MVT, je l’ai vécu comme une véritable chance.
ENFIN on me proposait un défi de taille, un combat, une lutte… AVEC D’AUTRES ! Ce n’était pas quelque chose de personnel, non ! Joseph me proposait un combat pour mon milieu, un combat pour me libérer avec ce MVT.
C’est alors que j’ai osé, parlé, écouté, dénoncé, revendiqué, exprimé, contrôlé, réfléchi, appris à croire que je n’étais pas nulle. Voilà de nouveaux mots qui faisaient leur entrée dans ma vie. Je me suis découverte intelligente (enfin un peu quoi !!), entreprenante, battante et j’ai découvert cette notion de milieu, de mon milieu et combien il était important de ne pas profiter seule de mes découvertes, j’ai ainsi compris que la misère n’est pas fatale, j’ai appris avec ce MVT à découvrir notre intelligence commune, notre solidarité, notre sagesse et à mettre des mots sur tout cela.
J’ai compris combien nous les pauvres étions considérés comme des sous-hommes, que nous n’étions vus qu’au travers de nos manques, manque de logements, de travail, d’hygiène, de ressources avec en plus des « trop », trop de défauts, de vices, de tares, d’addictions, trop violents, trop démissionnaires. J’ai compris que nous étions des hommes debout, que nous avions du courage, une expérience, une endurance, une résistance, une intelligence, un savoir, du bon sens, une espérance.
Tous ces jolis mots que jusque là je ne m’autorisais pas à m’approprier.
Alors que le MVT m’a permis de cheminer au travers de différentes actions, j’ai trouvé mon chemin, ma voie, j’ai épousé ce chemin de militante, j’en ai fait le combat de ma vie et aujourd’hui ce sont les plus pauvres avec qui je suis engagée au travers du monde qui me donnent la force, l’énergie, le sens, le soutient, la tendresse, le pouvoir de vivre ce que j’ai mis si longtemps à gagner la liberté, ma liberté.
C’est avec ce mot que je veux terminer… LIBERTE La liberté de ne plus dépendre de bons vouloirs de l’autre. La liberté de dire et d’être qui je suis vraiment, la liberté d’être fière de mon histoire, de mon milieu, la liberté de mon engagement, la liberté de faire des choix, la liberté d’oser, cette liberté, ces libertés que l’on supprime, que l’on nie trop souvent à celui que l’on considère moins que soi-même.
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Mesdames, Messieurs, Chers Amis du Festival du Mot,
Notre Festival du Mot a huit ans. Huit ans : on ne l’a pas vu grandir !
Il faut dire que dès sa première année, il tenait déjà debout. Il marchait même. Et n’a cessé depuis, de croitre et d’embellir, au rythme d’ailleurs des travaux d’aménagement et de mise en valeur du prieuré. Au point que c’est lui bientôt qui prendra soin de nous, un peu comme les enfants doivent le faire avec leurs parents en âge.
Du festival va naître en effet la cité du Mot. Le prieuré en sera le cœur battant : expositions, conférences, spectacles, pour mettre partout le mot en valeur, le mot à l’honneur ! Le mot que l’écrivain polit, le lecteur apprivoise, l’auditeur déguste avec gourmandise. « Les mots savent de nous des choses que nous ignorons d’eux ». J’aime cette citation de René Char que l’on trouve sur les murs de notre Ville. Les mots nous disent plus que nous les disons. Ce qui vaut pour le poète, vaut aussi pour chacun de nous. Pour autant que nous nous saisissions des mots, que nous surmontions cette crainte justement qu’ils nous échappent et disent ce que nous avions voulu garder par devers nous.
Sans les mots la liberté n’existe pas ! Chacun doit avoir le droit, le pouvoir de choisir SES mots. Ceux qui disent le mieux SA vérité. Notre cité du Mot, lieu de loisir et de plaisir, de recherche et de découverte, devra ainsi être une cité où s’exprime la liberté des mots et donc, la liberté de ceux qui les prononcent. Et d’abord, de celles et de ceux pour lesquels la tâche est la plus difficile. C’est pourquoi les progrès de la cité du mot s’inscrivent dans une politique municipale d’ensemble : gratuité d’accès à la bibliothèque pour les plus jeunes, portage de livres pour ceux qui ne peuvent se déplacer ; soutien à l’apprentissage de la lecture dès le niveau du CP dans nos écoles ; ateliers d’écriture au centre social ; coopération du festival avec le CHS, l’hôpital Henri Dunant, le collège et les associations qui le souhaitent. Le mot est un bac qui mène de la rive du silence à celle de la liberté par la parole. Et c’est ce bac que nous aurons le souci de faire fonctionner, ici aujourd’hui à travers le festival, demain à travers la cité du mot, qui comprendra aussi un centre de formation.
Autant de sujets de satisfaction, qui suffiraient à nous réjouir s’il ne m’appartenait pas de vous annoncer une terrifiante nouvelle dont certains d’entre vous, parmi les plus informés, ont déjà eu vent même s’ils n’en avaient pas l’air…
Notre compagnon de jeu de mots, notre fabriquant agréé de litotes, braconnier des dictionnaires et des syntaxes, trousseur de phrases fraîches et d’atterrantes allitérations, saute-ruisseaux et rimailleur, godelureau railleur et champion du temps de prose, en particulier lorsque c’est ciseleur qu’on sonne ; voyageur en toutes lettres, aiguiseur d’accent aigu, graveur d’accent grave, accentueur circonflexe, raffineur de contexte, simplifieur du complexe, charpentier de syllabes, tailleur de prières, compagnon de doute, notre très cher et (presque) fidèle ami: Vincent Roca n’est plus !
La faculté se perd en conjectures sur les raisons de cette disparition.
De quels mots souffrait-il ? Nul journaliste ne savait qu’il était à l’article de la mort ! Voire même en phrase terminale. Ne serait-ce pas d’ailleurs le comble pour un poète de finir mangé par ses vers.
Peut-être la pression était-elle trop forte et finit-il écrasé par le poids des mots. Ou bien, aura-il lui-même mis fin à ses tours, la magie n’opérant plus. Mis en échec, Vincent Roca ! Ne s’est-il pas tout d’abord et fort injustement fait prendre son Fou du roi ? Saddam, pour laquelle il se serait fait damier a disparu à Bagdad. Dès lors, les pions étaient coupés. Pour cet ancien prof de Mat, la scène est plausible. Même si ses amis prétendent qu’il était difficile de lui faire sortir son échiquier.
Peut-être est-ce pour cela qu’il rêvait d’un portefeuille ! L’explication serait alors celle d’un drame politique. Disparu en voulant passer l’arme à gauche. « Ministre de la langue française », il n’avait que ces mots là à la bouche. Mais bien que désirant plus que tout un maroquin, il refusa l’Immigration. On lui proposa la défense…de la langue française. Mais écrivant ses textes à la main plutôt qu’à la machine à aigrir, il récusait la force de frappe. Le Président ne voulu pas compromettre la sécurité du pays en la confiant à cet eunucléaire. Cela finit de le dissuader et il préféra rendre les armes.
Ou bien l’explication est-elle liée à la période électorale : Roca aurait été victime d’un mot cinglant, d’un mot blessant, de ces blessures dont on ne se remet pas. D’un de ces mots dangereux lancés dans la campagne et que leurs auteurs auraient oublié de ramasser une fois celle-ci terminée. Un de ces mots écrits avec une mauvaise mine, une mine à fragmentation ou une mine personnelle…
Le fin mot de l’histoire serait prétendre d’autre à rechercher du côté des Belles Lettres. Roca aurait péri par là où il a pêché. Un mot lui serait resté en travers de la gorge vengeant du même coup tous ceux qu’il avait jusqu’alors réussi à expectorer et dont il avait fait un usage si choquant. Loin de servir les mots, Vincent Roca s’’était servi d’eux, les martyrisant, les retournant, les modelant, victimes de son humour cruel. Combien de mots sont morts de son fait ? Morts de rire, de Votre rire, livrés au feu roulant de votre hilarité. Combien de mots théâtralement mis en pièce, de mots qu’il promettait de loger dans des palaces mais en réalité laissés sans suite ; des mots citron pressés pour rendre tout leur jus. Mots lestés de trop de sous-entendus. Mots lardés, mots croisés. Tous ces mots en souffrance, passés à la question, livrés à l’empire de ses sens. Victimes de trop de mauvais aïku. Mots arrachés au dictionnaire, pris au pied de la lettre pour être ensuite laissés à eux-mêmes. Mots jumeaux, mots gémeaux, séparés pour être accouplés à d’autres. Mots trahis. Mots détournés du droit chemin. Ainsi du mot « cœur » livré à vos moqueries. Du mot « zèle » jeté au ruisseau. Du mot « tsar » privé de sa musique. Roca cet usurier des mots ne nous aura rien épargné.
Le tort que Roca a fait aux mots, qui justifia la révolte dont il a été victime se mesure à quelques projets qu’on lui prêtait. Ainsi, envisageait-il de réécrire les grandes œuvres de notre patrimoine en les adaptant au numérique. Baudelaire aurait ainsi écrit les Fleurs du Mail ; ainsi aurait-on pu entendre le twitt de Schubert ; le plus beau des romans anglais serait devenu les textos du hurlevent et Cocteau aurait-il dû s’accommoder de la belle et tablette, Thomas Man de la montagne Ma-geek, et Stevenson de la CNIL au trésor… On prétend que l’Académie Française, pour mettre un terme à ses folies l’aurait fait disparaître…
Mais aux dernières nouvelles, Roca ne serait simplement plus… des nôtres d’après les indications dont je dispose plutôt que d’être avec nous il s’exposerait dans un théâtre de la Rive Gauche où son spectacle connaîtrait, ô surprise, un vrai succès. Ce petit marquis que nous avons nous-mêmes anobli s’est mis à son comte. Ce prince sans rire fait à Paris la tournée des grands Ducs. Pourtant le royaume des mots reste ici !
Roca nous a trahis. Ce Mata Harire du calembour nous fait faux-Bond. Lançons ensemble un OSS ! Roca, reviens ! Ta place est ici, d’autant que tu ne peux envisager aucun avenir à l’étranger. Tes jeux de mots sont inexportables. Tes devises ne sont pas convertibles. Et quand bien même la tentation te viendrait, de jouer à Londres ou à Berlin, toi qui fit allemand et anglais deuxième langue, on sait ce que ta langue deux vaut ! « Dites avec moi non à la démocalisation. A nous Motebourg. Protège-nous ! »
Car enfin Vincent être absent n'est pas décent bon sang ! Après 7 festivals, 7 ans de réflexion, certains aiment ton show et ne peuvent admettre que la rivière qui t'a conduit à Paris puisse être sans retour ! Notre festival n'est-il pas une belle famille ? Ne sommes-nous pas heureux de nous retrouver après 12 mois passés à attendre notre nouvelle fête des mots ? Eh bien qu'elle commence donc, avec ou sans Roca ! Et que Monte de La Charité une rumeur si puissante que Vincent en aie l'écho depuis son théâtre. Vive le mot, vive le festival, vive La Charité !
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Alors que le Festival du Mot commence dans quelques heures, les Échos lui consacrent une page :
http://www.lesechos.fr/culture-loisirs/livres/0202085163608-des-mots-et-des-signes-328224.php
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Si la Gauche a gagné la présidentielle, elle est loin d'avoir gagné la bataille des idées ! Il suffit pour s'en convaincre de noter que Nicolas Sarkozy a réuni plus de 48% sur un programme axé autour de la menace que représenteraient pour notre pays tant l'Islam que l'immigration. Il a, ce faisant, jeté les bases d'un inévitable rapprochement politique avec le F.N. que le Centre, affaibli au-delà du raisonnable, sera bien en peine de contenir. Ce mouvement, amorcé depuis des années, et déjà lisible dans les résultats de 2007, s'opère sur fond de glissement du vote populaire. Bousculés par la crise, nombre de nos concitoyens sont tentés d'exprimer leur nostalgie d'un état national et protecteur rejetant aux frontières (mot clé de Sarkozy au 2ème tour) les éléments perturbateurs. Tout comme sont aujourd'hui tentés de le faire beaucoup d'Européens, aux Pays Bas, en Italie, en Hongrie...
Des lors, le problème qui se pose à la Gauche est paradoxal : européen, puisqu'il concerne l'Union dans son ensemble, le défi à relever reste spécifique dans la mesure où il en appelle d'abord au national. Le seul moyen de surmonter cette contradiction est d'en traiter les deux termes à la fois, à la différence des stratégies politiques conduites jusqu'alors. Le national ne peut être négligé et encore moins abandonné à l'extrême-droite : aussi la Gauche ne doit-elle pas hésiter à en reprendre les symboles, en particulier à travers l'histoire et les occasions multiples qu'elle offre de valoriser notre unité. Et ceci d'autant plus que ce qui fait l'originalité de notre conscience patriotique est l'attachement de la France à des valeurs universelles auxquelles elle a voulu dès l'origine s'identifier. Notre sentiment national, sous la menace des monarchies, s'est éveillé en même temps qu'étaient proclamées l'abolition des privilèges et la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ! Nous avons cette chance qu'être français, c'est revendiquer une part d'universel !
Aussi est-ce cette même idée que nous devons appliquer à notre ambition européenne pour lui redonner toute sa force et susciter l'adhésion. Et démontrer que l'Europe n'est pas une contrainte mais un choix ! Ce qui suppose à la fois de réinjecter de la démocratie dans le fonctionnement de l'Union et de présenter celle-ci comme le moyen que nous nous sommes donnés pour peser sur les orientations du monde. Ce qui revient du coup à admettre que plane sur notre continent la menace d'un affaiblissement de son modèle de société qu'il nous appartient au contraire de défendre coûte que coûte.
La Gauche devrait ainsi se faire porteuse de l'idée d'une Nation ouverte et d'un patriotisme européen que l'euro peut aujourd'hui symboliser à l’instar de ce qu’avaient suggéré voici près de dix ans J. Habermas et J. Derrida. Ce qui devrait nous conduire à adopter sur ce dossier, à l'égard des Etats-Unis comme de la Chine, qui sont les grands perturbateurs du système monétaire international, un discours offensif, presqu'à l'égal de celui qui fut, en son temps, tenu sur l'Irak. Pourquoi l'Union, et en particulier les pays de la zone euro, devraient-ils supporter seuls le poids des ajustements nés de la crise ? Alors que la Chine accumule les excédents commerciaux sans toucher à sa monnaie et que les Etats-Unis accumulent les dettes sans en payer le prix du fait du privilège du dollar. N'est-ce pas sur cet axe que nous devrions tenter de rallier l'Allemagne ?
Certes, nous pourrons d'autant mieux y parvenir que nous aurons remis de l'ordre dans nos comptes. Et si François Hollande a raison de faire de la croissance notre cheval de bataille, cette revendication ne nous exonérera pas d'un nécessaire effort de redressement financier. Celui-ci ne pourra se résumer à un ajustement budgétaire. Résorber le déficit de notre sécurité sociale supposera un audit social du système de prélèvements et de prestations : corriger les abus, passer chaque avantage consenti au crible de l'intérêt général, se demander comment atteindre au mieux et à moindre coût les objectifs de solidarité qu'il importe de redéfinir clairement et collectivement lors d'une prochaine loi de financement de la protection sociale. Réformer l'Etat, aussi, pour le rendre plus efficace, c'est à dire mieux à même de remplir ses missions. Ce débat devra être mené au grand jour pour associer l'opinion aux changements à venir et lier l'objectif d'assainissement financier à celui de changement social.
Enfin, la Gauche ne pourra gagner la bataille des idées que si elle pousse jusqu'au bout sa critique du système financier en lui substituant un autre modèle de développement, fondé sur l'exigence écologique, dans lequel les valeurs de gratuité, de solidarité, de coopération, de qualité, de temps libre reprennent le dessus. Ce projet est à peine esquissé : à l'instar des fondateurs du modèle social de l'après-guerre, aujourd'hui obsolète, il nous appartient de « l’inventer ». Par la réflexion collective (mettons ces questions en débat au sein de nos partis et du PSE), la volonté politique (inscrivons-les à l’agenda du quinquennat) et par notre comportement. Le gouvernement se veut désormais exemplaire : faisons nôtre à tous les niveaux cette éthique de la responsabilité, qui crée la confiance et nous réconciliera avec les Français.
Sur ces bases, nous serons armés pour faire reculer la pensée dominante, mélange de résignation amère face aux marchés, d'individualisme agressif et de rejet hargneux de l'autre à travers la nostalgie d'une identité perdue. Pour y parvenir, la stabilisation du chômage ou la relance du pouvoir d'achat ne suffiront pas. Ce sont des références partagées qui y aideront, fondées sur une vision nouvelle de la Nation, de l'Europe et du monde à venir.
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J'ai montré à l'égard de F. Hollande ces dernières années suffisamment de distance et de liberté pour ne pas pouvoir être taxé de flagornerie en me risquant à le féliciter. Sa victoire n'est d'ailleurs inattendue que pour ceux qui, enfermés dans leur certitude, n'avaient cessé de le sous-estimer. Dépourvu de l'hyper-ego qui ravage le comportement de bien des politiques, il a fait du mépris dont beaucoup l'ont entouré lorsqu'il était à la tête du parti un boomerang redoutable. Horace parmi les Curiaces, il a su se défaire un à un de ses principaux concurrents. Sans virulence, sans jamais se départir d’une courtoisie constante nuancée par un humour espiègle. Toisé par les Anciens (ministres ou Premier ministre), tancé par les Quadras, moqué par ses alliés, de tous il a finalement triomphé.
Au-delà des qualités personnelles, l'explication en est surtout politique. Elle tient d'abord à sa formidable connaissance du parti. Initialement parmi les plus féroces contempteurs des dysfonctionnements du PS (cf les trans-courants), il a su non pas les corriger mais en tirer avantage une fois parvenu à la direction. En privé, sans illusions sur les errements de l'appareil, il devait rapidement tirer la conclusion (d'où sont nés nos désaccords) que la machine était en réalité trop lourde à transformer et que s'y essayer la briserait. Là se trouve la seconde raison politique de son succès : son souci de toujours rassembler, de ne jamais commettre l'irréversible. Que l'on se rappelle à titre d'exemple l'âpre referendum européen. Exclu alors du Bureau national en mai, bien que les Français viennent de lui donner raison, Fabius est associé à la synthèse en Novembre alors que (parce que ?) il vient de perdre le Congrès. Et si nous avons été alors, pour cela, quelques-uns à le critiquer, reconnaissons-lui ce mérite (je l'ai d'ailleurs fait à la tribune de la convention nationale d'investiture de Ségolène en 2007) d'avoir su préserver notre unité.
Unité, tel est sans doute enfin le mot-clé et de sa victoire au sein du PS lors des Primaires et de son succès d'hier. François a toujours pris garde de ne pas insulter l'avenir pour ne jamais rendre impossible ce qui serait un jour nécessaire. Trop de grands fauves promis par leur coterie à ne faire qu'une bouchée du député de Corrèze ont sous-estimé la force de cette humilité. Pour ma part, qui ai au contraire toujours considéré le talent de François comme entier, c'est au nom de celui-ci que je l'ai en 2007-2008 justement contesté. Regrettant qu'il n’ait pas voulu faire de ses armes celles d'une véritable rénovation du PS, qui reste donc à opérer. La politique se jugeant aux résultats, ceux-ci viennent pour le présent de lui donner raison. Lui qui a vaincu la malédiction qui accablait la gauche depuis 10 ans, lui que la politique inspire et enchante au quotidien. Lui, Président... là où ses qualités de rassembleur devraient faire merveille. Lui, Président... là où son obsession de l'unité, nationale cette fois, seront bien utiles. Lui, Président... là où justement face à la crise l'absence d'arrogance sera un atout sensible.
Mais en revanche, beaucoup reste à faire pour construire enfin un grand parti moderne, ouvert aux vrais débat d'idées, démocratisé, renouvelé, capable non de soutenir simplement le nouveau pouvoir mais d'aider la Gauche à son tour à changer. Pour ne l'avoir jamais sous-estimé, pas plus que ménagé, je veux croire aujourd'hui que François voudra voir dans la transformation du parti à laquelle il rêvait dans les années 90, la meilleure façon de l'aider dans la tâche au long cours qui l'attend désormais.
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François Hollande a remporté ce dimanche une victoire nette et digne. Il n’a en effet jamais cédé à la démagogie. Il ne s’est jamais laissé entraîner sur le terrain des querelles et des polémiques. Il est certain aujourd’hui qu’il s’engagera dans une présidence marquée par le respect dû à tous dans un esprit républicain.
Je veux remercier tout particulièrement les nivernaises et les nivernais pour la confiance qu’ils lui ont largement apportée et tout spécialement à La Charité-sur-Loire dont le score m’a évidemment beaucoup touché.
Il faut aujourd’hui s’engager avec lucidité dans les années qui viennent. Ce que l’on attend de la future équipe, c’est qu’elle sache traiter les Français avec justice et dans un esprit d’égalité ; qu’elle sache apporter aux territoires l’aide qui leur est nécessaire pour maintenir leurs services publics mais aussi s’engager de plain-pied dans la modernité, en particulier s’agissant des nouveaux moyens de communication ; qu’elle rétablisse l’esprit de justice dans sa politique sociale et fiscale.
S’agissant de notre Nièvre, nous devons espérer dans la mise en place d’un grand ministère de l’aménagement du territoire qui saurait porter cet état d’esprit en faisant en sorte que les multiples initiatives, capacités, projets qui peuvent exister au cœur même de notre ruralité, puissent se développer et apporter ainsi des solutions concrètes à tous ceux qui depuis trop longtemps sont victimes du chômage, d’un pouvoir d’achat en berne ou d’une activité économique encore trop réduite.
Je fais aujourd’hui le vœu que, dans l’esprit même qui inspira auparavant Pierre Mendès-France, notre nouveau Président de la République que je salue, et le Gouvernement qu’il nommera, fassent le choix de la vérité, de la transparence, de la lucidité et de la volonté. Qu’il dise précisément où il compte aller pour mobiliser les Françaises et les Français autour d’une ambition qui nous réunirait dans l’espoir à la fois de redresser la situation pour engager ensuite les réformes profondes dont la France a aujourd’hui besoin.
S’agissant là encore tout particulièrement de la Nièvre, je forme le vœu que l’ensemble des élus de notre département puissent continuer à s’entendre et formuler ensemble des propositions qui constituent le pendant, au niveau départemental, du plan d’actions qui va être engagé au niveau national et qui nous permette de mobiliser nos énergies autour de plusieurs grands projets susceptibles de changer l’avenir de la Nièvre.
Gaëtan GORCE - Sénateur de la Nièvre - Maire de La Charité-sur-Loire
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