Besançon le 12 juin 2004
S'il est une question passionnelle, c'est bien celle de l'euthanasie !
A chaque fait divers dramatique, comme celui qui a touché la famille Humbert et le docteur Chaussoy, l'opinion s'ébroue, s'émeut puis s'emballe ; soulignant, d'ailleurs, le décalage relevé par le Comité National d'Ethique, entre le droit et la pratique, les règles et la réalité.
Pourtant, s'il est un sujet qui devrait être abordé en dehors de tout excès, loin de toute émotion, c'est bien celui-ci, qui met en mouvement de grands principes qui se heurtent et même se contredisent.
A s'en tenir à la définition que Littré donne de l'euthanasie, conforme à l'étymologie, il n'y aurait pourtant pas matière à tant de déchirement. Au sens strict, l'euthanasie n'est rien d'autre qu'une "mort douce, sans souffrance". Qui pourrait ne pas la souhaiter pour lui-même ou celles et ceux qui lui sont chers ? On en trouve les prémices chez SUETONNE, dans sa vie des "Douze Césars" relatant la mort apaisée d'Auguste.
Il s'agit bien, à l'origine, d'échapper à la douleur, de vivre la fin de sa vie en toute conscience, en pleine maîtrise de soi. Dans l'esprit des Sages, de l'antiquité aux Humanistes, cette exigence de dignité pouvait aller jusqu'à légitimer le suicide, la mort provoquée. Ce que notre société peu à peu à toléré, y compris sur le plan juridique, même s'il a fallu attendre le nouveau Code pénal pour que toute pénalisation du suicide soit explicitement écartée : le meurtre n'étant plus défini comme un homicide volontaire mais désormais comme "le fait de donner volontairement la mort à autrui".
La difficulté est aujourd'hui bien d'une autre nature : elle tient au fait que l'on entend désormais par euthanasie, l'acte d'un tiers mettant fin à la vie d'un malade à la demande expresse de celui-ci. Notre société peut-elle admettre de ne plus qualifier de meurtre le fait de tuer, accompli par un médecin ou un parent, lorsqu'il s'exécute à la demande d'un malade qui le sollicite ?
Cette difficulté tient au fait que ce que la conscience peut, à un moment donné et dans un contexte particulier, juger légitime, la société elle, semble ne pouvoir explicitement, officiellement le reconnaître ! Et si cette question de l'euthanasie est douloureuse, c'est justement parce qu'elle suscite une confrontation irréductible entre deux légitimités concurrentes. Ma conviction est que la solution ne peut alors venir que de la volonté de dépasser cette contradiction, cette confrontation, par une approche pragmatique, humaniste, qui cherche à un problème essentiellement humain une solution humaine.